LES RÉPRESENTATIONS, LES CONCEPTIONS, LES PRÉ-REQUIS ET LES PRÉ-ACQUIS DANS LES PRATIQUES D'ENSEIGNEMENT EN HISTOIRE À L'ÉCOLE PRIMAIRE EN CÔTE D'IVOIRE : DES CONCEPTS A (RE) DÉFINIR CHEZ LES INSTITUTEURS ?
Kacou Vincent Kissiedou  1@  
1 : École Normale Supérieure d'Abidjan

 

Introduction.

Dans les pratiques d'enseignement observées chez tous les instituteurs, on note une évaluation diagnostique permanente en début de séance appelée test de pré requis. Toutefois, ce test de pré requis, est effectué en dehors de son cadre théorique.

Notre réflexion cherche à élucider les écarts constatés entre les pratiques d'enseignement des instituteurs et les résultats de la recherche en didactique des disciplines.

 1. Cadre théorique de l'étude.

 

1.1 Les représentations, les conceptions, le pré requis et le pré acquis des élèves au profit des apprentissages dans l'approche constructiviste de Piaget en classe d'histoire (-géographie).

 

L'apprentissage est effectif et durable que si et seulement si les élèves participent activement à la construction de leur propre savoir (Piaget, 1969). La théorie piagetienne du développement de l'intelligence dans sa dimension structurelle et surtout fonctionnelle influence depuis des décennies de nombreux travaux scientifiques en psychologie, en pédagogie et en didactique des disciplines.

Dans cette veine, des études montrent l'influence des connaissances préalables sur la compréhension et sur les apprentissages d'une part et montrent les relations existantes entre connaissances anciennes et connaissance nouvelles d'autre part (Foulin et Mouchon, 1999). De façon plus précise, Philippe Meirieu indique que « L'enfant, en arrivant en classe, comme l'adulte en arrivant en formation, dispose de toute une série de connaissances » (1987, pp. 59, 60). C'est pourquoi, pour il dit qu'un enseignant n'a aucune chance de faire progresser un sujet s'il ne part pas de ses représentations. Enfin, ce rapport étroit de dépendance entre les faits anciens et faits nouveaux, entre savoir anciens et savoirs nouveaux dans la construction du savoir historique est consacrée par l'école méthodique de Charles Seignobos et Victor Langlois (1898) à travers la consécution, les relations de causes à effets.

 

1.2 L'approche conceptuelle de la représentation, de la conception, du pré requis et du pré acquis.

Une grande variété de mots ou d'expressions ont été identifiés pour designer tout ce qu'un apprenant sait avant d'apprendre. Ainsi, on parle de représentation, de conception, de pré requis ou encore de pré acquis. Pour autant, aucun de ces expressions ou de ces mots n'est neutre. Les représentations constituent un concept central en psychologie cognitive science contributoire de la didactique des disciplines après son lancement par Serges Moscovoci (1961). De nombreuses approches de définitions et déclinaisons ont abouti au pré requis : Ce qui est exigé au préalable ; les savoirs et savoirs faire que doit posséder préalablement un apprenant pour pouvoir commencer à étudier une nouvelle notion et/ou acquérir de nouvelles compétences (Françoise Dubouchet, 2013).

 2. Démarche méthodologique de l'étude.

 

Nous avons opté pour une démarche qualitative exploratoire et descriptive afin de rendre observable la perception et la gestion didactique du « déjà-là conceptuel[1] » des apprenants en classe d'histoire par les instituteurs.

Pour y arriver nous avons interrogé douze (12) instituteurs avec lesquels nous avons conduit un entretien semi directif d'explicitation selon l'approche de  Pierre Vermersch (2019) en nous appuyant sur l'analyse du test de pré requis contenu dans chacune des 12 fiches de séance d'enseignement d'histoire. C'est une technique d'entretien, qui vise à faire décrire de façon détaillée et non inductive l'action passée.

Les réponses aux interrogations portant sur ces centres d'intérêts ont été retranscrites et analysées aux regards des attendus théoriques dans la gestion des connaissances ou savoirs préalables des apprenants au cours d'une séance d'enseignement-apprentissage.

3. Résultats de l'étude.

 

Nos principaux résultats sont relatifs au sens attribués à la notion de pré requis à travers sa nature, à son usage.

 

3.1 De la définition de la notion du pré requis par les instituteurs.

Plusieurs réponses ont été données par les instituteurs : le pré requis est « le savoir antérieur », « une connaissance qu'on rappelle avant le cours ».

À l'analyse de ces verbatim, nous notons que le pré requis est appelé invariablement « savoir » ou « connaissance ». Pourtant, Jean Pierre Astoffi (1992) distingue connaissance et savoir et Sylvain Connac (2017, p. 60) l'explicite ainsi : « La connaissance est subjective, elle est le fruit intériorisé et globale de l'expérience personnelle. Le savoir est le résultat d'un processus d'objectivation des connaissance par un travail intellectuel autour d'un cadre théorique ».

En effet, ce qui est convoqué à l'évocation du pré requis est un savoir scolaire antérieur dispensé et qui est un préalable pour le savoir du jour. Il est nécessairement juste et objectif contrairement à la connaissance Aussi, note que la perception du pré requis par les instituteurs n'est pas sans sur les pratiques d'enseignement.

 

3.2 Des intentions qui fondent la convocation systématique du pré requis par les instituteurs.

 

« Le pré requis dans nos cours sont importants » ; « Il permet de juger le niveau d'information des apprenants » ; « Il permet aux apprenants d'avoir une idée des cours ».

Ici également à l'analyse des verbatim on constate un écart entre les attendus chez les instituteurs et l'intérêt didactique d'une pratique d'enseignement intégrant un test de pré requis. Au regard des verbatim et du contenu de la fiche de séance on que les résultats des tests de pré requis ne sont pas pris en compte par les instituteurs dans la suite chronologique de la pratique d'enseignement.

Ce test de pré requis réalisé en début de séance, pour savoir si l'apprenant possède les capacités nécessaires pour entreprendre les nouveaux apprentissages devrait orienter et donner des repères didactiques pour organiser les apprentissages en fonction des besoins et des profils des apprenants. Tel n'est pas le cas avec les instituteurs.


[1] Cora Cohen-Azria (2013, p. 194)


Chargement... Chargement...