Dans un contexte de crises socioécologiques globales, l'éducation à la durabilité (ED) s'impose comme une finalité essentielle pour former des citoyen·nes capables de comprendre les enjeux complexes de notre époque et d'agir de manière autonome et critique (Sterling, 2011). Pourtant, l'ED reste souvent enseignée de manière normative, reproduisant les paradigmes dominants (Curnier, 2021). Une étude menée auprès d'élèves vaudois·es souligne, en effet, la nécessité de dispositifs didactiques favorisant la pensée systémique, la créativité et l'engagement (Gavin et Audrin, 2023).
Cette contribution présente l'influence sur les apprentissages des élèves d'un dispositif d'enseignement innovant en géographie, centré sur l'aménagement des cours d'eau (ACE), conçu en collaboration avec des enseignant·es et des expert·es. L'ACE constitue une thématique porteuse, permettant d'aborder des enjeux socioécologiques complexes à travers des perspectives historiques, techniques et éthiques (Zaugg, 2002; Gavin et al., 2025). Le dispositif vise à développer une compréhension critique et systémique des enjeux fluviaux, en mobilisant des savoirs vernaculaires, académiques et professionnels, et en favorisant une posture éthique biocentrée (Gavin et al., 2024).
L'étude empirique, réalisée au printemps 2023 dans cinq classes vaudoises (élèves de 11e année, 14–15 ans), s'appuie sur des enregistrements vidéos et des productions d'élèves. Les enseignant·es ont mis en œuvre une séquence basée sur la démarche d'enquête, incluant des sorties sur le terrain, des entretiens avec des passant·es et des activités de création. Les résultats montrent que ces démarches ont permis une évolution significative des représentations initiales des élèves, notamment dans leurs dessins de cours d'eau idéal, passant d'éléments isolés à des projets intégrant des enjeux complexes.
La créativité, envisagée comme compétence essentielle en géographie (Gavin, à paraitre), s'est révélée centrale dans le processus d'apprentissage. Elle a permis aux élèves d'imaginer des solutions innovantes, mais pas toujours en rupture avec les paradigmes dominants, comme l'avaient montré Pache et al. (2016). Les discussions argumentatives en classe, soutenues par les enseignant·es, ont favorisé le développement de la pensée critique (Mercer et Littleton, 2007), bien que certaines postures enseignantes aient limité l'émergence d'un véritable paradigme transformatif.
L'analyse met en lumière le rôle des interactions sociales dans la construction des savoirs et la mobilisation de la créativité comme levier d'émancipation. Elle souligne également l'importance d'un travail explicite sur la pensée critique à partir des valeurs et des dilemmes éthiques pour dépasser une vision utilitariste de la nature. En s'inspirant de la pédagogie critique (Freire et al., 2023), ce dispositif propose une géographie scolaire émancipatrice (Charpentier et al., 2023), où les élèves sont amené·es à raisonner, créer et agir dans une perspective de durabilité forte.
Cette communication vise à discuter les conditions didactiques et pédagogiques favorables au développement de compétences critiques et créatives chez les élèves, en articulant savoirs, dispositifs et pratiques enseignantes dans une approche transformatrice de l'éducation à la durabilité.

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