Étudier l'articulation entre le rapport aux savoirs et les pratiques de personnes enseignantes du Québec et de la France pour mieux cerner l'intégration de l'éducation à l'environnement et au développement durable (EEDD) dans l'enseignement primaire et secondaire
Geneviève Therriault * , Agnieszka Jeziorski * , Emilie Morin  1, *@  , Eve-Lyne Leclerc, Marie-Héllène Ouellet D'amours, Anderson Araújo-Oliveira  2, *@  , Andréa Gicquel, Catherine Simard  3@  
1 : Université du Québec à Rimouski  (UQAR)  -  Site web
300, allée des Ursulines C.P. 3300 Rimouski (Québec) G5L 3A1 -  Canada
2 : Université du Québec à Trois Rivières  (UQTR)
3 : Université du Québec à Rimouski  (UQAR)  -  Site web
* : Auteur correspondant

Sur fond de crise sociale et environnementale, de nombreux travaux ont été menés au cours des dernières décennies dans le vaste champ de l'éducation à l'environnement et au développement durable (EEDD). Plusieurs de ces recherches ont adopté la perspective de l'élève en s'intéressant à ses croyances, à ses connaissances et à ce qui peut stimuler ou freiner le développement de son sentiment de pouvoir agir (Morin et al., 2024) sur diverses questions socialement vives environnementales – QSVE (Legardez et Simonneaux, 2011), comme celle des changements climatiques. Des recherches et des enquêtes récentes menées au Canada et ailleurs dans le monde (Ducol et al., 2019; Field et al., 2019; Forum des jeunes, 2022; Kwauk, 2020) mettent en évidence un engagement croissant des jeunes sur ces questions qui, du même souffle, dénoncent l'inaction des adultes face à la crise et réclament une plus grande considération de l'EEDD dans les curriculums. Or, on sait relativement peu de choses quant à la manière dont les personnes enseignantes se positionnent sur ces QSVE, s'engagent et mettent en place des pratiques cohérentes avec leurs croyances épistémologiques et pédagogiques (Jeziorski et al., 2021). Des orientations nationales et internationales (CCUNESCO, 2025; UNESCO, 2017, 2020) invitent pourtant à un renforcement de la mise en œuvre effective de l'EEDD dans le cadre scolaire, mais comment celle-ci se vit-elle du point de vue des personnes enseignantes elles-mêmes ? 

Cette proposition de communication fait état de certains résultats issus d'une recherche franco-québécoise qui s'est attardée aux spécificités des milieux d'éducation formelle et non formelle lorsqu'il s'agit de mettre en place une EEDD en partenariat. Elle s'inscrit dans le champ plus spécifique de l'éducation à l'écocitoyenneté, lui-même pouvant être rattaché à la didactique des sciences humaines et sociales (SHS). L'étude dont il sera question ici vise à dresser des portraits de personnes enseignantes (N=8) qui s'engagent dans la mise en œuvre de l'EEDD. Plus exactement, il s'agit d'étudier la manière dont les personnes enseignantes du primaire et du secondaire articulent, de façon plus ou moins cohérente, leurs rapports aux savoirs et leurs pratiques enseignantes lorsqu'elles intègrent l'EEDD, quelle que soit la discipline enseignée. Nous nous centrerons sur des données qualitatives tirées de huit entretiens semi-dirigés menés auprès d'enseignantes françaises (n=5) et québécoises (n=3). Une analyse thématique (Paillé et Mucchielli, 2021) soutenue par le logiciel NVivo 14 a été menée sur la base de portraits individuels faisant la synthèse de chacun des entretiens. 

Nos résultats permettent d'entrevoir une certaine articulation entre les deux concepts clés de cette recherche : le rapport aux savoirs, tel qu'il a été défini dans une perspective socio-didactique (Charlot, 1997), puis repris et adapté dans le cadre de recherches en EEDD, ainsi que les pratiques enseignantes (Therriault et al., 2025), saisies dans leur multidimensionnalité. 

En ce qui concerne le rapport aux savoirs des huit enseignantes, divers thèmes émergent de l'analyse. Ces enseignantes évoquent entre autres des apprentissages effectués en lien avec l'EEDD qui renvoient très souvent à la nécessité de recourir à l'interdisciplinarité pour traiter des QSVE à l'école. Quant aux modalités d'apprentissage, les personnes enseignantes disent apprendre seules, à travers notamment la lecture de textes scientifiques, afin d'acquérir de nouvelles connaissances en EEDD ou autour de QSVE, qu'elles pourront ensuite réinvestir dans leur pratique. Des enseignantes expriment également des émotions associées à des théories éducatives marquantes (par exemple, la pédagogie Freinet) ou le développement durable (DD). 

En ce qui a trait aux pratiques déclarées, les enseignantes demeurent prudentes dans l'exposition de leurs croyances personnelles en faveur de la protection de l'environnement auprès de leurs élèves, ceci afin d'éviter des discours culpabilisants. Sur le plan des finalités éducatives, le fait de « sensibiliser » et de « donner le goût de la nature » leur semble important. Pour ce qui est des approches pédagogiques privilégiées, les enseignantes disent recourir à une approche transmissive qu'elles adoptent davantage par simplicité du travail et par manque de temps que par conviction, démontrant par ailleurs un fort intérêt pour la pédagogie par projet. Quant aux moyens d'enseignement, elles font appel régulièrement à des personnes invitées pour intégrer l'EEDD à leur pratique. 

De tels résultats donnent à penser qu'il y a un clivage important entre le rapport aux savoirs des personnes enseignantes et leurs pratiques réelles, qui demeurent plutôt traditionnelles. Dès lors, il leur semble difficile de mettre en œuvre des pratiques enseignantes qui s'avèrent en cohérence avec leurs rapport aux savoirs. Il y a fort à parier que les limites du cadre institutionnel participent à cette rupture, notamment les exigences des curriculums scolaires, l'espace limité laissé à l'EEDD, ainsi que le manque de temps et de soutien. En ce sens, ce projet de communication rejoint plusieurs des enjeux soulevés dans l'axe 2 de l'appel, en lien avec la critique des contenus à enseigner, enseignés et des dispositifs d'enseignement. Nos résultats font en effet écho à certaines des questions formulées sous cet axe, notamment au regard de la place de la pédagogie critique ou d'autres approches plus ou moins transmissives ou socioconstructivistes (inspirées entre autres des travaux de Célestin Freinet, du côté de la France).

Morin, É., Therriault, G. et Bader, B. (2024). Dimensions and conditions of the development of the sense of empowerment in a whole school approach. Dans A. E.J. Wals, B. Bjøness, A. Sinnes et I. Eikeland (dir), Whole school approach to Sustainability. Education Renewal in Times of Distress (p. 87-102). Springer. https://doi.org/10.1007/978-3-031-56172-6

Field, E., Schwartzberg, P. et Berger, P. (2019). Canada, climate change and education: Opportunities for public and formal education (Formal report for learning for a sustainable future).
http://lsf-lst.ca/media/National_Report/National_Climate_Change_Education_FINAL.pdf

Therriault, G., Araújo-Oliveira, A. et Boucher, S. (2025). L'articulation entre conceptions et pratiques d'enseignement en sciences humaines et sociales au premier cycle du secondaire : le cas de deux enseignants en contexte d'insertion professionnelle. Formation et profession, 33(1), 1-15 . https://dx.doi.org/10.18162/fp.2025.923

 

 



  • Poster
Chargement... Chargement...