Au Québec comme ailleurs dans le monde, les citoyen·nes sont confronté·es à de nombreux enjeux socio-environnementaux : les changements climatiques et l'intensification des catastrophes naturelles, la préservation de la biodiversité, l'épuisement des ressources naturelles, l'accroissement des inégalités sociales, etc. (Joublot-Ferré,2022; Moreno-Vera et Alven, 2020; UNESCO, 2015). Ces enjeux se retrouvent parfois au cœur de l'enseignement des sciences humaines et sociales sous la forme de questions socialement vives [QSV], des objets de conflits qui soulèvent l'incertitude et qui sont par conséquent sans solution univoque et consensuelle (Legardez, 2004; Reinfried et Hertig, 2011). Étant donné leur complexité, ce type d'enjeux ne s'inscrit pas dans le découpage disciplinaire traditionnel et invite même à une redéfinition de la forme scolaire. Les injonctions curriculaires peuvent alors paraitre insuffisantes pour outiller adéquatement les élèves à faire face aux impératifs socio-environnementaux.
Cette communication porte sur les défis que soulève l'arrimage entre les prescriptions ministérielles en vigueur et l'étude d'une question territoriale socialement vive [QTSV]. Elle s'appuie sur un projet de recherche-développement en didactique de la géographie qui vise à concevoir, expérimenter et analyser le potentiel d'un dispositif didactique soutenant le développement du raisonnement géographique au sujet d'une QTSV. À travers une démarche de recherche collaborative, nous avons œuvré de concert avec trois enseignant·es québécois·es de 6e année du primaire et un conseiller pédagogique afin de concevoir et mettre à l'essai un dispositif didactique répondant aux impératifs socio-environnementaux. Toutefois, la conception de ce dispositif s'est trouvée en tension avec les injonctions curriculaires québécoises en sciences humaines et sociales, alors que le programme de Géographie, histoire et éducation à la citoyenneté, qui date du tournant du XXIe siècle, prévoit l'étude des diverses sociétés du passé, en particulier sur le territoire québécois, entre 1500 et 1980 (ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, 2006). Pourtant, les finalités poursuivies par le programme appellent à la formation intellectuelle des élèves afin de les outiller dans l'exercice de leur citoyenneté, ce qui ouvre la voie à la pertinence de traiter d'enjeux du présent. Cette incohérence dans les prescriptions ministérielles a d'ailleurs fait l'objet de critiques (Commission des programmes d'études, 2001; Larouche, Poyet et Fillion, 2024; Stan, 2024).
Lors de cette communication, nous présenterons d'abord le projet de recherche-développement en cours ainsi que le déroulement des phases de conception et d'expérimentation. Ensuite, il sera question des défis que soulève l'étude d'une QTSV dans l'enseignement de la géographie au primaire, notamment au regard du programme de formation actuel et des injonctions curriculaires. Voici des exemples de questionnements que nous souhaitons aborder à la lumière de notre démarche de recherche : Quelles adaptations curriculaires le personnel enseignant doit-il mettre en œuvre pour intégrer l'étude d'une QTSV tout en respectant les prescriptions ministérielles? Comment articuler les savoirs prescrits dans le programme scolaire aux savoirs géographiques susceptibles de soutenir la compréhension des QTSV? Les constats que nous présenterons lors de cette communication proviendront des notes de rencontres collaboratives avec le personnel enseignant et d'entretiens individuels semi-dirigés.
Références
Commission des programmes d'études (2001). Avis au ministre de l'Éducation sur l'approbation du programme de géographie, histoire et éducation à la citoyenneté (deuxième et troisième cycles du primaire). Gouvernement du Québec.
Joublot-Ferré, S. (2022b). Former en géographie en Anthropocène : le pari d'une expérience de « repolitisation ». Éducation et socialisation : les cahiers du CERFEE, 63, 1-15. https://doi.org/10.4000/edso.18290
Larouche, M.-C., Poyet, J. et Fillion, P.-L. (2024). Qu'attend-on pour réviser le programme d'univers social au primaire? Traces (62) 3, p. 36-40. https://www.sphq.quebec/sites/24570/Qu'attend-on%20pour%20r%C3%A9viser%20le%20programme%20d'histoire%20du%20primaire.pdf
Legardez, A. (2004). Transposition didactique et rapports aux savoirs : l'exemple des enseignements de questions économiques et sociales, socialement vives. Revue française de pédagogie, 149, 19-27.
Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport [MELS] (2006a). Programme de formation de l'école québécoise : éducation préscolaire, enseignement primaire. Gouvernement du Québec.
Moreno-Vera, J. R., et Alven, F. (2020). Concepts for historical and geographical thinking in Sweden's and Spain's primary education curricula. Humanities and Social Sciences Communications, 7(1), 1-10. https://doi.org/10.1057/s41599-020-00601-z
Reinfried, S. et Hertig, P. (2011). Geographical education: How human-environment-society processes work. EOLSS publishers.
Stan, C. A. (2024). Pour un renouveau du programme d'univers social au primaire. Traces (62) 3, p. 41-44. https://www.sphq.quebec/sites/24570/Article%20-%20Catinca%20Adriana%20Stan%20Renouveau%20curriculum%20primaire.pdf
UNESCO (2015). Repenser l'éducation : vers un bien commun mondial?. Éditions UNESCO.
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