Proposition de communication
Dans une perspective critique de l'enseignement des sciences humaines et sociales (SHS), cette communication examine le potentiel des objets culturels autochtones comme médiateurs didactiques pour soutenir l'enseignement de savoirs pluriels et pour que l'intervention éducative favorise, à terme, le développement du raisonnement géographique des élèves.
Elle s'inscrit dans une démarche de décolonisation de l'éducation, qui vise à remettre en question les récits dominants, valoriser les savoirs situés des Premiers Peuples et reconstruire les fondements éducatifs par l'inclusion active de leurs perspectives. Cette communication entre en résonance conceptuelle avec les travaux de Millner (2023), en cela que la recherche dont elle rend compte mobilise, à leur instar, l'objet culturel comme objet-frontière et médiateur d'une décolonisation des savoirs, tout en déplaçant l'analyse des affects et de l'inconfort vers le développement du raisonnement géographique et la formation des enseignants.
Ce projet s'est déroulé en mars 2025. Deux journées ont été consacrées à la visite de la réserve des collections ethnographiques de l'Université de Montréal avec des porteurs de savoirs innu, atikamekw et inuit (n = 7). Ceux-ci ont exploré un corpus d'environ 500 objets culturels, dont 40 ont été sélectionnés pour des discussions filmées (dix heures d'enregistrement) par un organisme autochtone qui nous accompagnait dans cette démarche. Les échanges ont été transcrits et analysés avec QDA-Miner selon une approche inductive et qualitative (Blais et Martineau, 2006). L'analyse visait à identifier les types de savoirs transmis par les objets. Les thèmes dégagés ont ensuite été mis en relation avec les concepts intégrateurs et questions centrales du raisonnement géographique proposés par Hertig (2018). Ce travail cherche à comprendre quels savoirs, savoir-faire et perspectives autochtones sont véhiculés par l'entremise des objets culturels et à réfléchir à leur intégration en formation initiale pour l'enseignement des perspectives autochtones dans les programmes de sciences humaines et sociales (SHS).
Ce projet examine le potentiel et les limites de l'apprentissage fondé sur les objets (object-based learning) pour enrichir la formation initiale des enseignants du primaire et du secondaire en sciences humaines.
La communication proposée dans le cadre de ce colloque s'inscrit dans l'axe 1, en ce qu'elle explore comment une approche basée sur l'apprentissage par les objets culturels autochtones peut être mise en œuvre dans des dispositifs pédagogiques concrets visant à reconnaitre les savoirs autochtones comme légitimes, et à outiller les futur·e·s enseignant·e·s à interroger les rapports entre les sociétés et leur territoire. L'objet culturel y est envisagé comme point d'entrée vers une lecture critique et plurielle du monde, permettant de croiser visions autochtones et visées citoyennes de l'enseignement. À ce titre, l'objet se rapproche de ce que Millner (2023) a décrit comme un objet-frontière puisque celui-ci existe dans les mondes de plusieurs acteurs sociaux, mais qui est investi de significations très différentes.
Notre cadre théorique articule les apports des études sur la culture matérielle (Chatterjee et coll., 2016 ; Henderson et Levstik, 2016 ; Kador, 2025 ; Millner, 2023), le raisonnement géographique (Colin, et coll., 2019 ; Hertig, 2018) ainsi que des travaux en éducation décoloniale (Moisan et coll., 2023). Il met en tension les savoirs prescrits et les savoirs vécus, et cherche à réconcilier les finalités citoyennes de l'école avec les épistémologies autochtones.
Nous cherchons à comprendre comment ces objets deviennent des déclencheurs pour le raisonnement géographique dans une perspective décoloniale (Moisan et coll., 2023) et comment ils peuvent encourager les futur·e·s enseignant·e·s à développer le raisonnement géographique en contexte scolaire (Colin et coll., 2019). La présentation tentera de fournir des pistes de réponse aux questions suivantes : comment l'étude des objets culturels autochtones amène-t-elle à repenser le territoire et comment enseigner les savoirs historiques, géographiques et culturels autochtones dans une logique critique, ancrée dans les réalités contemporaines ?
En somme, cette communication vise à montrer que l'intégration d'objets culturels autochtones dans les dispositifs d'enseignement peut favoriser un rapport réflexif et engagé aux savoirs en géographie.
Références
Chatterjee, H. J., Hannan, L. et Thomson, L. (2016). An introduction to object-based learning and multisensory engagement. Dans H. J. Chatterjee et L. Hannan, Engaging the senses : Object-based learning in higher education (p. 15-32). Routledge.
Colin, P., Heitz, C., Gaujal, S., Giry, F., Leininger-Frézal, C. et Leroux, X. (2019). Raisonner, raisonnements en géographie scolaire, Géocarrefour [En ligne], 93(4).
https://doi.org/10.4000/geocarrefour.12524
Henderson, A. G. et Levstik, L. (2016). Reading object: Children interpreting material culture. Advances in Archaeological Practice, 4(4), 503-516.
Hertig, P. (2018). Géographie scolaire et pensée de la complexité. L'Information géographique, 82(3), 99-114.
Kador, T. (2025). Object-based learning: Exploring museums and collections in education. UCL Press.
Millner, N. (2023). Unsettling feelings in the classroom: scaffolding pedagogies of discomfort as part of decolonising human geography in higher education. Journal of Geography in Higher Education, 47(5), 805–824. https://doi.org/10.1080/03098265.2021.2004391
Moisan, S., Maltais-Landry, A. et Hirsch, S. (2023). Autochtoniser l'enseignement de l'histoire du Québec et du Canada au secondaire et à l'université : entre volonté, obstacles épistémologiques et tensions identitaires. La Revue de l'association canadienne pour l'étude du curriculum, 20(1), 25-48.
Yong, M. L., Fisher, M. R., Meyer, O. et Suryanata, K. (2025). Joint field school: towards cultivating parity in research partnerships. Journal of Geography in Higher Education, 1–13. https://doi.org/10.1080/03098265.2025.2599827
- Poster

PDF version
