Entre expertise et recherche : réflexions sur l'enseignement de la géographie en Afrique subsaharienne francophone
Interrogations
Cette réflexion rejoint l'axe 3 du colloque : la position du chercheur dans la relation entre pratiques professionnelles, collaborations institutionnelles et recherche didactique, tout en proposant un regard critique sur la production des savoirs didactiques en contexte africain et en posant la question de la transférabilité géographique de l'expertise.
En Afrique subsaharienne, la didactique de la géographie et celle de l'histoire se développent dans des environnements hyper contraints dans lesquels les profs ou les formateurs interprètent les prescriptions en fonction de leurs moyens, bricolent et innovent même sans que ces démarches ne soient forcément reconnues comme de la « recherche ». Dans ces conditions quel peut être l'apport d'un chercheur extérieur ? Comment vit-il son implication ?
Contexte
Après avoir commencé ma carrière de chercheur en didactique de la géographie mon parcours personnel m'a conduit ces dernières années en Afrique en tant qu'expert dans des programmes portés par l'AUF ou l'OIF. L'axe 3 de ce colloque m'incite à m'interroger sur ce qu'en tant que chercheur on peut savoir de la géographie en Afrique subsaharienne et sur ce qu'en tant qu'expert on peut apporter dans le domaine de la didactique disciplinaire.
Méthode
L'approche est biographique, elle part d'observations collectées sur place, elle n'a pas été a priori inscrite dans une démarche de recherche mais se nourrit de missions dans une dizaine de pays d'Afrique. Un itinéraire qui a débouché sur la publication d'articles en recherche en éducation ou en géographie, sur des conduites ou jurys de thèses de chercheurs africains, qui conduit à interroger la posture d'expert et de praticien chercheur placé comme une sorte d'observateur en périphérie et par la même par son statut organisationnel et son implication sociale.
Principaux résultats des observations
Le poids des conditions matérielles : classes paillottes, effectifs pléthoriques, absence ou coût pour les familles des manuels, absence ou défaillance de l'électricité, de connexion Internet.
Un modèle pédagogique transmissif confronté à des invocations officielles à l'approche par compétences.
Un encadrement prescriptif : déroulé des séances de classes formaté, manuel de géographie obligatoire rédigé par l'ancien inspecteur général...
Un contenu disciplinaire des programmes à interroger : une africanisation « à œillères » des programmes d'histoire et peu d'appuis sur des savoirs de références récents en géographie. Mais si la demande d'expertise est forte en lecture, en math, en sciences, elle est inexistante du côté des officiels pour nos disciplines. Excepté sur le thème du développement durable, ce qui n'est pas sans poser des problèmes de conscience, quand on vient d'un pays du Nord.
Retour sur la position et l'implication
La faiblesse générale des pilotes internes du système éducatif se manifeste au travers du fait que dans de nombreux pays le financement de la formation continue des enseignants repose sur les PTF, les partenaires techniques et financiers, c'est-à-dire des programmes financés par La Banque mondiale, l'Unesco, l'Unicef ou des Etats du Nord, via des programmes multiples et variés. Si ces PTF ont tendance à coordonner leurs offres de prestation ou leurs financements, ils sont la condition d'une formation continue des enseignants et pour la plupart imposent leurs propres priorités. Ainsi, quelle que soit la sincère cordialité qu'il peut y avoir entre collègues africains et experts venus du Nord, nul ne peut oublier d'où viennent les financements et comment son action participe d'un « soft power », d'une domination culturelle douce.
Bibliographie
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Mots clés
Afrique ; Didactique ; Enseignement ; Implication ; Géographie ;

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