Le corps dans tous ses espaces
Positions, mouvements, sensorialités pour une approche critique de l'enseignement de la géographie
À l'école en général et dans la plupart des disciplines scolaires, le corps est occulté ou même vu comme un problème. Le corps des élèves a longtemps été contraint (par le mobilier scolaire et par des postures imposées) ; il doit aujourd'hui se faire oublier à travers son immobilité. Le paradoxe de cette situation est double : il est pédagogique et on peut faire référence aux travaux relatifs à « l'éducation intégrale » qui prônent clairement une approche totale des élèves, il est didactique et concerne de près la géographie scolaire qui voudrait parfois penser l'espace sans penser les corps qui l'habite.
Le projet de ce symposium est d'aborder, sous différents angles, l'intérêt de mobiliser les corps pour enseigner la géographie. Toutes les disciplines sans doute peuvent reconnaître cet intérêt mais la géographie, comme science de l'espace des sociétés, est concernée de manière spécifique : les positions dans l'espace, les postures, les déplacements, le rapport sensoriel aux lieux permettent d'expérimenter cet espace, de l'éprouver physiquement, donc de mieux le connaître. Ainsi, en sollicitant les élèves à travers des pratiques corporelles et sensorielles, dans la classe, la cour de récréation, les toilettes, à l'extérieur de l'école ou encore avec des artefacts représentant le monde, l'enseignant peut les aider à mieux comprendre leurs environnements proches ou lointains et à agir sur ceux-ci.
Nous montrerons, à travers quelques situations d'apprentissages, que faire de la place aux corps lorsqu'on enseigne la géographie (et l'éducation à la citoyenneté à travers des enjeux spatiaux), c'est participer d'une connaissance de l'espace possiblement critique. Par exemple à travers une pédagogie du projet autour de la transformation des espaces ordinaires de l'école, le développement d'un regard distancié sur ceux-ci et sur ce qui s'y joue en termes de pouvoir ; ou par la pratique didactique du jeu de rôle qui permet d'éprouver « physiquement » la géographicité de l'Autre avec des déplacements possibles ou impossibles ; ou encore par des approches sensibles, expérientielles, qui en engageant le corps dans l'espace, font émerger d'autres formes de rapport au monde. La dimension critique est aussi dans la situation d'apprentissage elle-même. Une éducation à visée émancipatrice ne peut pas prendre en compte les élèves de manière incomplète, elle ne peut pas non plus renoncer à la confiance qu'il faut faire à ceux-ci pour accepter leurs mobilités (la posture assise et immobile en classe est historiquement un outil de contrôle des individus).
C'est donc un triptyque qu'il s'agit de questionner : le corps des élèves, l'enseignement de la géographie et de l'éducation citoyenne, la dimension critique. En somme, c'est à travers des enjeux liés au corps – principalement au corps des élèves mais nous n'exclurons pas celui des enseignants – que nous interrogerons la didactique et le politique (dimension critique) : le corps peut-il être un « outil » didactique ? le corps peut-il participer d'une formation citoyenne critique ?
Le symposium sera animé par Guilhem LABINAL (Professeur des Universités, laboratoire EMA, Cergy Paris Université) avec des contributions de Pascal CLERC, Elsa FILÂTRE, Maylis LEURET et Julien PETITDIDIER. Nous envisageons de faire des présentations très rapides de nos travaux avant d'engager une discussion sur quelques thématiques prédéfinies.
Le détail des communications est présenté dans le fichier joint.
Courriels :
Pascal CLERC : pascal.clerc@cyu.fr
Guilhem LABINAL : guilhem.labinal@cyu.fr
Elsa FILÂTRE : elsa.filatre@univ-tlse2.fr
Maylis LEURET : maylis.leuret@gmail.com
Julien PETITDIDIER : Julien.Petitdidier@unige.ch
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