Vers une justice curriculaire en géographie scolaire : déconstruction des récits dominants et enjeux de formation
Aurore Lecomte  1@  , Cédric Naudet  2, *@  , Jean-François Thémines * , Amandine Chapuis  3, *@  
1 : Université Clermont Auvergne  -  Site web
Laboratoire Acté, Université Clermont Auvergne
2 : UPEC
INSPÉ-UPEC
3 : Analyse Comparée des Pouvoirs  (ACP)
Université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEMLV)
* : Auteur correspondant

 Proposition portée par :

- Aurore Lecomte & Cédric Naudet, 

- Discutant.es Amandine Chapuis et Jean-François Thémines

L'enseignement de la géographie, en tant que discipline scolaire au sein des sciences sociales n'est pas politiquement neutre. La géographie a historiquement contribué à définir la nation, son territoire et les valeurs attendues des futurs citoyens. Pourtant, sa dimension politique demeure souvent invisibilisée dans les pratiques ordinaires (Audigier, 1993 ; Leininger-Frézal, 2017).

À l'image du « roman national » (Citron, 2008) qui oriente les contenus d'histoire, nous postulons que les programmes de géographie constituent une sorte de « roman spatial normatif » (Férol et al, 2024). Ce récit met en ordre le monde selon les spatialités d'acteurs dominants : une vision fonctionnaliste de l'espace, le primat des territoires « gagnants » de la mondialisation, l'effacement des conflits d'usage, des résistances citoyennes et des groupes subalternes (ibid).

Ce constat fait écho à l'idée que la géographie scolaire n'est pas une discipline fermée mais « ouverte au(x) monde(s) » (Lecomte & Naudet, 2024), dans la mesure où les représentations des acteurs – élèves comme enseignant∙es – influencent la fabrique des savoirs. Cependant, la forme scolaire tend à invisibiliser les rapports sociaux et politiques présents dans les savoirs. Le modèle républicain dominant gomme souvent les controverses, au nom d'un idéal de neutralité, créant un paradoxe entre les finalités civiques de la discipline et sa mise en œuvre réelle (Naudet, 2025 ; Mevel et Tutiaux-Guillon, 2013).

Dans cette perspective, cette proposition de symposium interroge les contenus de la discipline scolaire sous l'angle de la justice curriculaire, entendue comme la reconnaissance de la pluralité des récits, savoirs et subjectivités sur le monde. Dès lors, cette conception invite à explorer les postures d'analyse critiques qui interrogent les savoirs, les pratiques et les institutions éducatives en mettant en lumière leurs dimensions sociales, politiques, historiques et idéologiques. Il s'agit de questionner les conditions de construction de savoirs émancipateurs (Charpentier et al., 2023, Giroux, 2018).

Les travaux récents sur les questions socialement vives et les débats en classe montrent que l'enseignement de la géographie peut constituer un levier de conscientisation et de participation critique des élèves (Barthes, 2022 ; Barthes et al., 2019 ; Thémines, 2016). Les enjeux liés à la construction des savoirs spatiaux renvoient à des choix politiques, à des paradigmes pédagogiques et à des visions concurrentes du monde. L'étude de la mondialisation au collège et au lycée tend à mettre en avant les territoires compétitifs, en minorant les marges ou les formes d'alternatives locales (Duterme, 2020 ; Clerc, 2002).

Dans cette optique, la question du transfert des apprentissages est centrale : comment faire en sorte que les savoirs géographiques construits dans le cadre scolaire puissent être mobilisés par les élèves dans d'autres contextes – sociaux, civiques, professionnels ou intimes ? La faible tension intellectuelle de nombreuses tâches ordinaires en géographie (Mousseau & Pouettre, 1994), centrées sur l'identification d'informations ou la restitution d'un discours professoral, limite fortement cette transférabilité. À l'inverse, les démarches actives, les controverses, les débats argumentés ou les investigations localisées favorisent une appropriation réflexive et contextualisée des savoirs, condition nécessaire à leur transfert. Le symposium s'intéressera donc aussi aux conditions didactiques, curriculaires et institutionnelles qui permettent ou empêchent de penser la géographie comme une discipline de formation à l'action et à la compréhension du monde (Boubaker, 2023).

Ce symposium souhaite ainsi accueillir des communications qui interrogent :

  • Les formes de récits spatiaux dominants dans les programmes et les manuels ;
  • Les rapports entre savoirs scolaires et savoirs subalternes ;
  • Les pratiques pédagogiques ouvrant à une pluralité des mondes (représentations cartographiques, curriculum local, pédagogies de l' « altérité ») ;
  • Les tensions entre injonction à la neutralité et engagement professionnel ;
  • Les expériences de formation des enseignants autour des finalités politiques de la discipline.

 I

Organisation du symposium

L'objectif du symposium est double. Il s'agit, d'une part, de proposer une analyse critique des contenus géographiques prescrits dans les programmes du collège et du lycée, en mettant en évidence les formes d'invisibilisation curriculaire à l'œuvre (Fricker, 2007 ; Lecomte, 2023) et, d'autre part, de réfléchir aux dispositifs de formation permettant aux enseignant·es de s'approprier une lecture critique des curricula, en les outillant pour déconstruire ces récits dominants (Murray et al, 2023, Behr, 2024).

Il est prévu d'organiser 3 sessions de communications. Chaque session d'une heure trente comprend 3 présentations d'une durée de quinze minutes chacune suivie d'un temps général d'échanges et de débats.

Session 1 : Analyse critique du « roman spatial » : pourquoi ? comment ?

- BEDOURET David « L'espace métonymique et imaginaire géographique : de la stéréotypie à la complexité »

- GRONDIN Patricia « Le géopartage permet une approche critique de l'espace en croisant les points de vue »

- SAGOT Louise « Penser l'espace rural local avec les enfants. Conditions d'émergence d'un socle réellement commun »

Discussion générale 30 min et synthèse collaborative 

Session 2 : Décentrement des regards : enjeux et perspectives curriculaires

- BEHR Céline « Enseigner la mondialisation autrement : vers une justice curriculaire décoloniale en géographie scolaire »

- CLAUZEL François « Curriculums scolaires français, pratiques enseignantes et représentations de l'Afrique subsaharienne : un récit “unique” toujours d'actualité ? »

- GENEVOIS Sylvain « Perspectives critiques sur les programmes de géographie vus depuis l'outre-mer »

Discussion générale 30 min et synthèse collaborative 

Session 3 : Enjeux de formation des enseignant∙es à un enseignement critique de la géographie scolaire

- DERY Chantal « L'empathie géographique, un levier pour favoriser le vivre-ensemble ? »

- OUSSOU Kouadio Jean-Pierre « Les contenus de la géographie scolaire en Côte d'Ivoire : quelle influence du politique ? »

- LECOMTE Aurore & NAUDET Cédric « Ouvrir la classe au(x) monde(s) : postures professionnelles enseignantes et repères pour une critique du curriculum en géographie »

Discussion générale 30 min et synthèse collaborative 



  • Poster
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