Dans le cadre des Master MEEF Histoire-Géographie, les étudiant.es se forment au métier d'enseignant.e et préparent le CAPES. Au sein de ces formations, une très large majorité des étudiant.es ont une formation antérieure principalement en histoire, alors que le concours et la pratique du métier sont bivalents. Cet élément constitue un premier enjeu de contexte qu'il s'agit d'interroger pour comprendre comment les enseignements de géographie sont pensés, conçus et donnés à ces étudiant.es. De plus, les cours de géographie délivrés en MEEF ont, du moins jusqu'à la réforme du concours de 2025, comme finalité principale de maîtriser les questions au programme du CAPES. Au nombre de trois, celles-ci occupent dans les maquettes une part importante dans les cours de géographie que ce soit en termes de contenus disciplinaires ou de réflexion didactique. Ce deuxième élément est aussi à prendre en compte, puisqu'il s'agit pour les enseignant.es des formations MEEF Histoire-Géographie de préparer à des exigences académiques élevées, alors que de notre expérience, les candidat.es ont une appétence et une maîtrise en général limitée des approches géographiques. C'est en partant de ce double constat que nous proposons de questionner, au travers de quelques formations MEEF Histoire-Géographie, la manière dont les enseignant.es pensent les contenus et les objectifs des cours de géographie.
Notre communication propose donc de revenir sur deux points principaux : les objectifs et la méthodologie de l'enquête en cours (1) et les premiers éléments de résultats (2). Notre propos contribue à développer une approche épistémologique et didactique de la géographie enseignée dans les formations du supérieur, un champ en cours de développement en France. Il s'inscrit dans la lignée des réflexions en cours sur la conscience et les récits disciplinaires en géographie (Glaudel et Thémines 2024 ; Reuter 2007), davantage côté enseignant qu'étudiant, et dans le contexte spécifique du supérieur.
1. Dimension méthodologique
Nous avons enquêté auprès de collègues investis dans les masters MEEF de Grenoble, Chambéry, Angers, Nantes et Le Mans[1]. Ces collègues ont des profils et statuts variés : en poste depuis longtemps ou très récemment, ils et elles peuvent être formateur.ices en temps partagés, PRAG ou enseignant.es-chercheur.es, et avoir une formation antérieure en histoire et/ou en géographie. Notre enquête a consisté entre 2024 et 2025 à leur faire passer des entretiens, de manière à prendre connaissance de plusieurs aspects de leurs enseignements en géographie :
- Dans quels cours interviennent-ils et elles ? Et comment s'organisent les maquettes sur le plan institutionnel et collectif (qui prend quel cours ? pour quelles raisons ?) ? Nous cherchons ici à identifier les facteurs matériels qui conditionnent l'enseignement et les possibles stratégies dans un contexte institutionnel mouvant.
- Comment construisent ils.elles leur enseignement, tant sur le plan pédagogique (CM, TD, classe inversée, méthodologie, etc.) que sur le plan épistémologique (type de géographie enseignée, auteur.ices mobilisé.es, concepts transmis, etc.) ? Par ces questions, nous visons à identifier les ancrages paradigmatiques et épistémologiques des collègues : quelles géographies sont enseignées ? Comment choisissent-ils.elles les contenus et les supports, les activités et les outils abordés en cours ?
- Nous mettons ces pratiques déclarées en regard des objectifs énoncés : quels sont les buts qu'ils et elles cherchent à atteindre dans leurs enseignements ? Et quels sont les décalages éventuellement repérés entre ces objectifs et la réception des étudiant.es ? Cette dimension est cependant moins enquêtée que les précédentes, car moins accessibles via des entretiens.
2. Principaux résultats
Les premiers résultats de cette enquête montrent déjà plusieurs éléments, qui signalent que les contenus des cours donnés sont le fait de plusieurs déterminants interagissant entre eux :
- Les cours de géographie en MEEF Histoire-Géographie sont peu prisés par les collègues géographes et échoient bien souvent à des collègues PRAG, vacataires ou récemment entrés dans la carrière. Ce qui ne semble pas, ou moins, être le cas en histoire. Cela n'entame pas la mobilisation des collègues en charge des cours, mais dit plutôt une distance générale de la discipline à l'égard des concours de l'enseignement.
- Malgré les trois questions au programme et donc le cadrage national du concours, les géographies enseignées sont très variées. On observe alors une articulation entre un cadrage national détaillé (par des lettres de cadrage), une épistémologie personnelle (entre expérience de formation, d'enseignement et de recherche), et des effets de reproduction de canons disciplinaires.
- Les objectifs des collègues visent très nettement la réussite au CAPES (et au Master), ce qui implique la recherche d'une efficacité dans les cours donnés – et ce à la fois sur un plan théorique et méthodologique. Mais ils et elles cherchent aussi à « faire aimer » la discipline géographique : au-delà des exigences du concours, c'est la finalité professionnelle qui entre en jeu. Comme les futur.es lauréat.es enseigneront ensuite la géographie, les cours de MEEF visent aussi cet objectif de faire apprécier une discipline qui sera enseignée par les étudiant.es. C'est donc le rapport aux savoirs géographiques dont il est question dans les discours et pratiques des enseignant.es enquêtées.
Au-delà de ces résultats généraux, notre enquête révèle également une très grande hétérogénéité des contextes institutionnels et des conditions pratiques et matérielles, qui façonnent directement ou indirectement les contenus dispensés.
[1] Notre contribution se concentre sur les entretiens réalisés avec des collègues des Master MEEF et laisse de côté la réception des cours et les représentations de la discipline par les étudiant.es, qui fait l'objet d'une enquête en cours.

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